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Les communes à l’heure numérique: enjeux et perspectives

by Nicolas Bossut last modified 2007-02-28 17:31

Edouard VERCRUYSSE, responsable de la cellule e-commune de l'UVCW, retrace en quelques mots le raisonnement qui pousse son association à promouvoir le développement de la technologie Plone dans les administrations communales (VERCRUYSSE E., Les communes à l'heure numérique : enjeux et perspectives, in e-communes, juin 06)

Plus que toute autre administration, les administrations communales se trouvent au cœur de la société, "là où les gens vivent". Pour comprendre les enjeux de l'administration électronique, il vaut la peine de prendre un peu de hauteur et d'observer cette société

Les technologies sont omniprésentes

Un élément qui marque le monde dans lequel nous vivons est l'omniprésence des technologies. Elles nous entourent partout et à tout moment. On s'y est tellement habitué qu'on ne les remarque plus. On surfe, on chatte, on blogge, on s'envoie des mails, des SMS, on se laisse guider par son GPS, on est pendu à son GSM, on prend des photos numériques des bambins, et on finit la journée en regardant un DVD sur une télé LCD. Que de transistors et de puces derrière tout cela! Que de bits et de bytes, de 0 et de 1!

Les technologies se renouvellent sans cesse. C'est pour cela qu'on parle depuis plus de 20 ans et qu'on parlera encore longtemps des "nouvelles technologies". Elles sont en permanence nouvelles.

En se renouvelant, les technologies offrent des performances constamment à la hausse. Ne prenons qu'un exemple: l'évolution fulgurante des supports de stockage, les disques durs. Les premiers PC étaient équipés d'un disque dur de 10 Mégabytes. C'était il y a 25 ans. Aujourd'hui, les disques durs atteignent plusieurs centaines de Gigabytes (100.000 fois plus!). Même le plus petit des baladeurs numériques d'aujourd'hui a une capacité nettement plus élevée que le plus gros des PC de l'époque.

En offrant des services de plus en plus performants, les technologies modifient profondément nos modes de vie. En positif comme en négatif. Côté positif, il y a bien sûr l'énorme richesse en contenu et en services que nous offre internet. Du côté plus négatif, il y a le fait que, en grande partie à cause des nouvelles technologies, "tout va si vite aujourd'hui". Les informations du monde nous parviennent presque en direct et se succèdent à un rythme ahurissant. Il suffit de taper un mot sur Google pour que, une fraction de seconde plus tard, des centaines de milliers de pages soient recensées. Cette quasi-immédiateté est un facteur de stress.

Les attentes du citoyen vis-à-vis de son administration évoluent

Le citoyen baigne dans cet environnement hautement technologique. L'internet a pris une place importante dans sa vie quotidienne. Il y a recours pour toutes sortes de démarches, privées comme professionnelles.

Et, de manière tout à fait naturelle, il développe de nouvelles attentes vis-à-vis de son administration. Des attentes "électroniques".

Il aimerait une administration aussi accessible et rapide que Google. Qu'il puisse y accéder de son domicile à l'heure qui lui convient.

Il cherche non seulement des informations mais souhaite également entreprendre ses démarches administratives en ligne. Pouvoir introduire une demande de permis de bâtir ou signaler un déménagement en quelques clics.

Ces nouvelles attentes des citoyens concernent directement les administrations communales. Car c'est auprès d'elles que les citoyens doivent mener la plupart de leurs démarches administratives.

Pour que la commune reste ce pouvoir le plus proche du citoyen, il est important qu'elle se mette au diapason des usages de celui-ci.

C'est tout l'enjeu de l'administration électronique.

Il faut toutefois faire attention à ce que l'on appelle la "fracture numérique". L'administration électronique, par définition, n'est accessible qu'à des personnes qui disposent d'une connexion internet. C'est loin d'être le cas de tout le monde aujourd'hui. Il faut donc prendre des initiatives pour amener l'internet auprès de ceux qui ne l'ont pas. Saluons à cet égard les subsides pour la mise en place d'EPN du Ministre Courard ou la toute récente opération "Internet pour tous" du Ministre Vanvelthoven.

Le danger de fracture numérique ne doit cependant pas empêcher d'avancer dans la voie de l'administration électronique. Notamment parce que, avec le temps, le pourcentage de la population ayant accès à internet ne va faire qu'augmenter. Un récent sondage du Soir révèle que 53 % des Belges n'ont jamais été sur internet. Mais, parmi les étudiants, seuls 13% sont dans le cas. Et comme les étudiants d'aujourd'hui sont les adultes de demain, on peut dire que le temps joue contre la fracture numérique.

4 défis attendent les communes pour répondre à ces nouvelles attentes du citoyen :

  1. Un intérêt accru des décideurs communaux pour les nouvelles technologies.
  2. Une plus grande maîtrise par les communes de leur informatique.
  3. Une prise de conscience "open source".
  4. Une mutualisation des projets informatiques.

1er défi: un intérêt accru des décideurs communaux pour les nouvelles technologies

On constate que les communes qui mènent des projets intéressants en nouvelles technologies, ce sont bien souvent des communes qui ont un bourgmestre, un échevin ou un secrétaire communal qui s'intéresse de près à la matière.

Ce n'est malheureusement pas la règle. Les nouvelles technologies sont une matière qui, de manière générale, ne suscite pas un grand enthousiasme auprès des décideurs communaux. On ne se bat pas pour être échevin de l'informatique ou des nouvelles technologies.

Et pourtant, les décideurs communaux, en tant que managers, ont un important rôle à jouer dans l'ouverture de leur commune aux nouvelles technologies.

En écoutant les idées et les besoins exprimés pas les agents communaux - mais aussi par les citoyens - en étant attentifs aux projets menés dans d'autres communes wallonnes, belges ou étrangères, en dégageant des budgets, bref, en étant animés par le souci de moderniser en permanence l'administration communale en vue de rendre des services toujours meilleurs aux citoyens et aux entreprises, ils peuvent inscrire leur commune dans la voie de l'administration électronique. Cela dépend en grande partie d'eux.

Pour aider les décideurs communaux dans cette tâche, il peut être utile de mettre sur pied, au sein de l'administration communale, un groupe de travail "nouvelles technologies". Ce groupe de travail transversal réunirait autour du secrétaire communal quelques agents communaux ayant un intérêt pour les nouvelles technologies, dont le responsable de l'informatique et, s'il y en a un, le responsable du site internet. Y seraient abordés tous les points de la vie communale ayant un lien avec les nouvelles technologies. Un groupe de travail comme celui-là permet l'émergence d'idées nouvelles au sein de la commune qui deviendront peut-être des projets.

Si beaucoup de décideurs communaux ne s'intéressent pas suffisamment aux nouvelles technologies, c'est souvent parce qu'ils abordent cette matière uniquement sous l'angle informatique. Or, les TIC, ce n'est pas que de l'informatique.

Prenez un site internet par exemple: il s'agit avant tout d'un projet de communication. L'aspect informatique vient bien après. Une erreur à éviter, c'est de confier la réalisation d'un nouveau site internet communal au seul responsable informatique. Le risque alors est que ce projet soit d'abord considéré sous l'angle technologique et que la question "Que demande le citoyen comme informations et comme services?" se pose seulement après.

2e défi: une plus grande maîtrise par les communes de leur informatique

Même si les nouvelles technologies ne peuvent pas être réduites à leur aspect purement informatique, il est certain que cet aspect est très important. Et, de la même façon qu'on n'apprend pas à un enfant à plonger dans l'eau avant qu'il ne sache nager, on ne peut pas demander aux communes de jouer le jeu de l'administration si elles ne maîtrisent pas un minimum leur informatique.

Or, la réalité est que de nombreuses communes ont une très faible maîtrise de leur informatique. Concrètement, ça veut dire quoi? Que beaucoup de communes ont très peu de ressources informatiques, qu'elles ne disposent pas d'un informaticien qualifié en interne et que, du coup, elles sont presque entièrement dépendantes de l'extérieur pour mener leur politique informatique. Autrement dit, c'est le fournisseur informatique qui définit la politique informatique de la commune. Or, vous conviendrez comme moi que les intérêts de la commune et ceux du fournisseur ne sont pas vraiment les mêmes...

Il est important, pour que les communes - et surtout les petites communes - retrouvent la maîtrise de leur informatique, qu'elles acquièrent des compétences informatiques. C'est évidemment facile à dire! On sait comme les moyens budgétaires sont limités et comme le recrutement représente un coût important. Et pourtant, certaines petites communes, conscientes du fait que la dépendance aux fournisseurs peut coûter très cher également, ont décidé d'engager, parfois à mi-temps, un informaticien. Et c'est un choix qu'elles regrettent rarement par après.

Et puis, acquérir des compétences, ça ne veut pas forcément dire recruter. Les communes peuvent également avoir recours à la formation des agents. Notons à cet égard que nous disposons en Région wallonne de très bons centres de formation informatique.

Il n'en reste pas moins que cette dépendance d'un grand nombre de communes aux fournisseurs informatiques est réellement problématique. Ce le serait moins si ces fournisseurs (qui sont au nombre de 2 en Wallonie) proposaient des applications modernes aux communes. Modernes, ça veut dire ouvertes, interopérables, respectant les standards informatiques, modulables. Or, ce n'est pas le cas. A tel point que si une commune veut extraire des données qu'elle a encodées dans une application, pour les coller dans un tableau Excel par exemple, elle est dans l'impossibilité de le faire. Cela pose à tout le moins la question de la propriété des données. La commune n'est-elle pas propriétaire des données qu'elle encode? N'a-t-elle pas le droit d'y accéder à tout moment et de les récupérer dans un format standard?

Cela dit, ne jetons pas trop vite l'opprobre sur les fournisseurs informatiques. Le fait est que le marché des communes wallonnes est très petit. Il représente un maximum de 262 clients potentiels. Il est normal qu'une société commerciale n'investisse pas énormément dans des produits qui ne seront vendus qu'à un nombre réduit de clients.

Comment s'en sortir alors? La voie de l'open source et de la mutualisation est certainement une piste intéressante. J'y viendrai dans une minute.

Mais avant de passer au troisième défi, je voudrais encore insister sur un point, qui sonne comme un slogan: aider les communes à relever leur niveau informatique, c'est une façon de les rendre "egov ready". Autrement dit, pour que les projets d'e-gouvernement régionaux soient accueillis favorablement dans les communes, il est important que la Région mise sur l'informatique communale.

3e défi: une prise de conscience "open source"

Commençons par un rapide petit rappel: l'open source, c'est le monde des logiciels libres. Les principales caractéristiques d'un logiciel libre sont:

  1. que son code source soit accessible (le code source, c'est un peu l'ADN d'un logiciel);
  2. qu'il soit librement distribuable;
  3. que son utilisation ne soit pas soumise à des droits de licences.

Aujourd'hui, partout dans le monde, l'open source s'impose dans les administrations. C'est un fait.

La Commission européenne, de même qu'un grand nombre d'organisations belges et internationales, recommande l'utilisation de logiciels open source dans les administrations.

Mais pourquoi l'open source est-il si intéressant dans le cadre des administrations? Parce que, outre ses nombreux avantages - que je ne vais pas énumérer ici -, il respecte un principe important: l'argent public ne doit être dépensé qu'une seule fois. Et effectivement, le seul qui paye un logiciel libre, c'est celui qui le fait développer. Autrement dit, si une commune fait développer un logiciel libre, ce sont toutes les communes qui peuvent en profiter. On perçoit tout de suite le potentiel de ce modèle. Surtout quand on pense à toutes ces communes qui utilisent les mêmes logiciels et qui, chaque année, payent chacune des sommes considérables rien que pour pouvoir continuer à les utiliser.

En Wallonie, et de manière générale en Belgique, on constate que le "déclic" open source n'a pas encore vraiment eu lieu. Certaines initiatives sont encourageantes et vont dans le bon sens. Mais elles restent isolées. Ce qui manque, c'est une véritable politique open source à l'échelle de la Région. Une politique open source qui inclurait un volet sensibilisation et formation des pouvoirs locaux, mais aussi un budget pour aider les communes à financer le développement de logiciels libres répondant à leurs besoins.

On dit souvent que les logiciels libres sont gratuits. C'est effectivement souvent le cas pour les logiciels libres déjà existants. Mais un bon nombre de logiciels libres n'existent pas encore! Et si on souhaite que les communes puissent disposer un jour d'applications métier libres, il faudra financer leur développement.

Pour moderniser l'informatique communale et lui faire prendre une direction résolument tournée vers l'avenir, cela nous semble être une priorité: le développement d'applications métier libres utilisables par l'ensemble des communes wallonnes.

4e défi: une mutualisation de projets informatiques

Nous, qui vivons en Belgique, sommes tous bien convaincus que l'union fait la force.

Mutualiser, c'est se protéger contre un risque. Le risque ici est triple: dépendance informatique, perte d'autonomie, argent public mal dépensé.

Pour se protéger contre ce triple risque, les communes ont naturellement intérêt à mutualiser certains de leurs projets informatiques, c'est-à-dire à les mener ensemble et à en partager les coûts.

Mais la mutualisation doit-elle se limiter au partage de moyens? Les communes ne peuvent-elles pas également mutualiser leurs compétences informatiques? C'est le pari audacieux du projet CommunesPlone.

Une chose est sûre, la mutualisation doit se faire au profit de toutes les communes, même (surtout!) de celles qui n'ont pas de compétences particulières en informatique. C'est pourquoi, l'Union des Villes et Communes a l'intention de mettre en place une infrastructure qui permettra à l'ensemble des communes d'accéder à distance aux applications développées dans le cadre de projets mutualisés. Il s'agira d'une machine centrale sur laquelle on installera des applications auxquelles les communes pourront accéder par internet, sans nécessiter aucune installation de matériel ou de logiciels en interne. C'est ce que l'on appelle un serveur applicatif, à ne pas confondre avec un serveur de mutualisation - mais je ne vais pas entrer dans des considérations trop techniques.

Quand on parle de projets mutualisés, on parle de collaboration entre des communes mais surtout entre des femmes et des hommes. A cet égard, il est réjouissant de voir à quel point l'enthousiasme est grand chez les femmes et les hommes qui participent actuellement à des projets mutualisés, et je pense évidemment au projet CommunesPlone. Ils ont conscience de participer à un projet novateur et porteur de beaucoup d'espoir. Cela décuple leur énergie!

Avant de terminer avec ce point, je voudrais attirer l'attention sur un principe important: ne confondons pas mutualisation avec centralisation. La centralisation, c'est la mise à disposition par une autorité supérieure, ici la Région, de produits (d'applications informatiques) utilisables par les entités sur lesquelles elle exerce une tutelle. Ces produits sont toujours uniques et rarement adaptables aux spécificités locales.
Etant donné la diversité des communes en taille, en sensibilité et en besoins, la centralisation ne nous semble pas être la bonne voie à suivre.

Comme le dit très justement François Elie, Mandataire à Angoulême et Président de l'ADULLACT, "organiser la mutualisation des autres, c'est prendre le risque de les rendre dépendants et de se rendre indispensable". Les communes ne souhaitent pas passer d'une dépendance (aux fournisseurs informatiques) à une autre (à la Région). Ce qu'elles attendent de la Région, ce n'est pas qu'elle organise leur mutualisation mais qu'elle la soutienne.

Les communes ont besoin d'être soutenues pour relever ces défis

Avec sa Cellule E-communes, l'Union des Villes et Communes leur apporte assistance et conseils en matière d'informatique et de nouvelles technologies. Mais elle a choisi d'aller plus loin que de l'assistance-conseil en participant concrètement à des projets novateurs et prometteurs (CommunesPlone).

Le soutien de la Région est indispensable également. Ce soutien permettra aux communes d'avancer de manière plus rapide et décidée dans la voie d'une informatique moderne.

L'Union des Villes et Communes est vraiment désireuse de nouer un partenariat fort avec la Région pour aider les communes à devenir des acteurs majeurs et enthousiastes de l'administration électronique.

Source

http://www.zeapartners.org/press/fr/UVCW