Personal tools
You are here: Home Press and articles Français Services publics et mutualisation : un exemple à suivre pour le non-marchand ?
Navigation
 
Document Actions

Services publics et mutualisation : un exemple à suivre pour le non-marchand ?

by Nicolas Bossut last modified 2007-02-23 11:23

Les arguments en faveur de la mutualisation dans le secteur public sont clairs. Il s’agit, comme l’explique Béatrice Van Bastelaer, Commissaire EASI-WALL (E-Administration et Simplification) de "Concevoir des solutions informatiques communes à des problèmes identiques ou proches". (Source : MANISE JL., Services publics et mutualisation : un exemple à suivre pour le non-marchand ?, in www.cesep.be, Jan 07)

Transcription d'une étude de cas publiée par le CESEP et réalisée par JL Manise.

Fixer des règles

Diminuer les risques, les coûts, les délais et partager les expériences, ce sont, selon Olivier Schneider, Expert au sein de la Cellule Stratégique du Ministère de l'Emploi et de l'Informatisation, les principaux arguments en faveur de la mutualisation, qui doit être mûrement réfléchie : "Selon la situation, l'impact peut être positif ou négatif. D'un côté, on diminue les risques des choix technologiques ; de l'autre, on augmente les risques liés à la gestion du réseau d'acteurs. De même, si on diminue les coûts par la mise en commun, on augmente les coûts de structures liés à la gestion du réseau. Et si l'on diminue les délais en réalisant plus vite, on augmente le temps nécessaire à la synchronisation du réseau." Il faut donc bien penser son projet, et en fixer dès le départ les règles, pour éviter déboires et déceptions : "Concrètement, comment cela se passe-t-il ? Supposons une administration qui a développé une solution IT sur mesure, et qui souhaite la mettre à disposition d'autres administrations, soit parce que le développement a été financé avec de l'argent public, soit dans une logique de réseau, où l'on espère une certaine réciprocité. Les responsables vont sans doute choisir de mettre le code sous licence libre et rendre les résultats disponibles sur un site Web ou via une "forge". On peut alors s'attendre à ce que d'autres administrations marquent leur intérêt et téléchargent le logiciel. Puis, inévitablement, ils auront des questions. C'est toute le problème de la prise en charge du service support ! Et il faut faire ce constat : la plupart du temps, les "nouveaux venus" attendent de la part de l'initiateur du projet qu'il prenne tout en charge. Ce qui va aboutir à une démotivation de celui-ci. Il faut donc dès le début fixer les règles du développement et organiser la collaboration avec quelques grands principes : des objectifs clairement définis, des moyens financiers et humains suffisants et équitablement répartis, une communauté d'utilisateurs forte et une bonne méthodologie."

Enjeux spécifiques aux communes

Pour Edouard Vercruysse, responsable de la cellule E-communes à l'Union des Villes et Communes de Wallonie, il y a un attrait de la mutualisation qui est spécifique aux communes "La mutualisation informatique est plus intéressante encore pour les communes que pour les autres administrations parce que les communes sont à la fois toutes les mêmes en étant aussi chacune unique. On en dénombre 589 (308 en Flandre, 262 en Wallonie et 19 à Bruxelles). Ce sont des pouvoirs autonomes dotés des mêmes missions et avec les mêmes contraintes : budget limité, peu de ressources informatiques, grande dépendance aux fournisseurs. En même temps, les communes sont différentes en taille, en sensibilité, en mode d'organisation, dans leur histoire et dans leur politique informatique. La mutualisation permet de tenir compte de ces différences grâce à des développements génériques et modulables. Cela ne veut pas dire que mutualisation doive rimer avec centralisation ni avec unicité de projet. Ce dont ont besoin aujourd'hui les communes, c'est d'avoir le choix, et d'avoir du choix.  Et pourquoi pas en développant elles mêmes leurs applications. C'est l'idée qui est derrière le projet CommunesPlone, dans lequel l'UVCW joue un rôle fédérateur. Les avantages ? Une parfaite connaissance des besoins du terrain, une maîtrise des développements, de l'indépendance, de l'enthousiasme et une valorisation des compétences internes."

CommunesPlone

C’est ainsi que CommunesPlone trouve son contexte dans la situation particulière de l'informatique des communes wallonnes : trop souvent, les fournisseurs de services informatiques usent de leur position dominante, négligent le service aux communes et cadenassent leurs produits. Cette emprise des sociétés informatiques est un facteur d'immobilisme. Elle empêche les communes de décider et d'agir en toute autonomie et de mener des politiques informatiques tournées vers l'avenir".  C'est ainsi que les communes d'Andenne, d'Anderlues, de Fléron, de Morlanwelz, de Sambreville, de Seneffe, Trooz et Visé ont donné naissance, avec le soutien de l'UVCW et de l'ISIPS à CommunesPLone, "un regroupement de communes utilisant les mêmes technologies et méthodes pour le développement de sites web et d'applications métiers comme les téléservices, le Collège ou la gestion du courrier." Le travail collaboratif est la pierre angulaire du projet. Joël Lambillotte, responsable du service informatique à la commune de Sambreville :"Nous utilisons des méthodes communes pour la modélisation, la mise en oeuvre et la gestion centralisée du code source.  Nous avons adopté ce qu'on appelle l'Extreme Programming. Cette méthodologie -très répandue dans le cadre de projets collaboratifs- consiste à ne pas s'attaquer en une fois au développement d'un projet dans sa globalité mais plutôt à développer séparément chacune des fonctionnalités, par ordre d'importance. Joël Lambillotte : « L’application « Gestion du Collège Echevinal » est un cas typique dans la mesure où l’on a décidé de se focaliser sur quelques processus clés de l’administration afin d’implémenter rapidement un ensemble cohérent de fonctionnalités minimales (soumissions de points au Collège, génération de l’ordre du jour, du PV, traçabilité des décisions) ».

Planning

Comment fait-on pour programmer et planifier les développements ? "Au début du projet, quelques communes ont pris en charge un module bien déterminé  (Anderlues : portail communal, Seneffe : site Web et téléservices, Sambreville : Collège et Réservation salles) mais depuis début 2006, nous essayons de partager le travail : le module téléservices est développé en commun entre les informaticiens de trois villes (la Bruyère, Seneffe et Sambreville avec l’aide de l’UVCW). Quant au help desk, le site « communesplone.be » possède déjà un wiki et un forum et d’autre part, il ne faut pas perdre de vue que nous travaillons avec la communauté Plone.  Nous utilisons donc leur méthode de développement et leur infrastructure. Et nous connaissons les personnes ressources via les users group (celui créé par Sébastien Verbois aux FUNDP, Plone.be) ou via les multiples réunions thématiques que notre groupe organise. En outre, nous favorisons la mise en ligne des applications, de manière (notamment) à réaliser la maintenance en ligne.

Catalogue

Aujourd'hui, on trouve sur le "catalogue" CommunesPlone un outil de gestion informatisée du Collège et un module de téléservices (commande par Internet de documents administratifs), plus différents sites communaux réalisés sur base des outils Zope et Plone. D'autres sont en cours de développement ou à l'étude : espace Web orienté Commerce, module de réservation de salles par Internet, module d'authentification au moyen de la carte d'identité électronique et outil de gestion documentaire. Le vent de la mutualisation risque de souffler de plus en plus sur les communes wallonnes.

Conditions du succès

Le secteur du non-marchand tout entier n’aurait-il pas intérêt à investir à son tour dans des réseaux de compétences, de connaissances et de produits pouvant les mener à des réseaux communs, lieux de partages d’expériences et de réflexions ? Sans doute, mais à quelles conditions ? Il faut, pour qu'une initiative de mutualisation rencontre le succès, identifier l'intérêt réel des acteurs concernés, et s'assurer des besoins spécifiques de chacun. Il faut aussi savoir que, dans ce contexte, le calendrier de développement sera différent. Travailler en commun prend plus de temps, il faut sans cesse définir les priorités et synchroniser les plannings. Il faut enfin un acteur légitimé pour coordonner les choses. Lorsque ces ingrédients sont réunis, les projets peuvent voir le jour.

Mutualisation par la demande

On se souviendra du projet Upcase. Le projet UPCASE – User Platform and Collaborative Applications for the Social Economy Sector ou Plate-forme d’usagers et développement d’applicatifs collaboratifs pour l’économie sociale – s’adressait au secteur belge de l’économie sociale dans son ensemble (francophone et néerlandophone, marchand et non-marchand). Ce projet avait pour objectif de fournir à ces organisations l’occasion de s’approprier un ensemble d’outils informatiques afin de les aider à découvrir de nouveaux canaux de promotion et de distribution de leurs activités, ainsi qu’à favoriser et supporter des collaborations entre acteurs. Il était parti du constat d’un risque important de « fracture numérique » qui, du fait de facteurs de coûts et d’usages, laisserait le secteur de l’économie sociale en retrait de la vague de l’informatisation. Il s’agissait d’éviter que les barrières techniques n’entravent la créativité et le sens entrepreneurial des acteurs et de fournir un cadre technologique laissant ensuite une totale autonomie au secteur pour y inscrire ses propres initiatives de manière décentralisée. Aujourd’hui, ce projet est au point mort. Pourquoi ? Parce qu’il est né d’une volonté de la mutualisation de l'offre tandis que l’essaimage de la mutualisation n’est possible que par une mutualisation de la demande. Et si la commande publique va servir de levier dans l’émergence de ce nouveau paradigme, le secteur non-marchand tout entier pourrait, lui aussi, avoir un rôle majeur à jouer.

Source

http://www.zeapartners.org/press/fr/cesep