Personal tools
You are here: Home Press and articles Français L'innovation sans copyright
Navigation
 
Document Actions

L'innovation sans copyright

by Nicolas Bossut last modified 2007-11-26 13:20

Naji HABRA, directeur du Centre de recherche PReCISE (PReCISE research center in information systems engineering), Université de Namur, présente les enjeux des logiciels libres dans la Libre Belgique du 24 novembre 2007. Il défend l'idée que La libre circulation des idées et des produits logiciels accélère l'innovation et stimule la croissance.

Source : Naji HABRA, L'innovation sans copyright, in La Libre Belgique, 24 novembre 2007

Contrairement à certaines idées reçues, le secteur du logiciel libre représente un enjeu économique majeur qui ne cesse de se développer (1). Sa production double tous les 18-24 mois et les services liés à l'open source devraient représenter 32 pc des services IT en 2010 (2).

Ceci est particulièrement vrai en Europe où l'on estime que 50 pc de la croissance économique est attribuable au secteur des TIC. La floraison de ce secteur s'inscrit dans la nouvelle donne économique dite "économie de la connaissance", où les modèles classiques de chaîne de valeurs sont remis en question. Le secteur du libre ne tire, en effet, pas ses bénéfices d'un dépôt de licence qui génère des royalties, mais de l'ensemble des "activités de services" créées autour du logiciel : installation, évolution, intégration, adaptation, apprentissage, garantie et suivi du service, etc.

Les activités de service autour du logiciel libre peuvent être clairement illustrées par deux caractéristiques principales du logiciel : l'évolution et la composition. Les logiciels changent fréquemment de versions, parfois même quotidiennement, sans que vous le remarquiez. Par ailleurs, le logiciel est en réalité une composition savante de plusieurs composants logiciels et matériels basés les uns sur les autres et agencés d'une façon complexe.

Il requiert donc une multitude d'interventions de plusieurs types pour assurer au client final un "service" continu et de qualité. On comprend, dès lors, qu'une activité économique florissante se développe déjà autour de ce secteur indépendamment du produit de base.

Les études montrent que l'expansion du secteur du logiciel libre ne se fait en aucun cas au détriment de l'emploi chez les éditeurs du logiciel propriétaire.

Le potentiel de cette activité autour du logiciel libre est important et des avantages considérables peuvent être envisagés, en particulier par l'accélération de l'innovation qui constitue l'atout fondamental du logiciel libre. En effet, dans cette nouvelle économie de la connaissance, il est admis que le facteur compétitif n'est plus tant dans la matière première, ou le travail, que dans la capacité et la rapidité de l'innovation. Et, avec le logiciel libre, cette innovation n'est plus bloquée ou ralentie par des considérations de propriété.

Au contraire, elle se trouve accélérée par la disponibilité d'un réservoir commun de logiciels ouverts et en évolution continue. Ainsi, une économie importante est réalisée sur le coût de l'activité R & D, ce qui permet d'investir davantage et d'une façon plus ciblée dans la partie créative et, plus généralement, d'accélérer le cycle de l'innovation et, donc, de soutenir la croissance et la compétitivité. Soutenu par l'Europe, le logiciel libre est primordial pour l'Europe dont le tissu économique est majoritairement constitué de PME. Ces dernières ne sont, en effet, plus défavorisées dans un modèle économique conditionné par une capacité d'innovation rapide plutôt que par une R & D lourde et coûteuse.

Un autre aspect favorable au modèle économique du logiciel libre, en particulier dans la culture européenne, est la possibilité de mutualisation du logiciel et de son évolution.

En effet, le modèle du logiciel libre permet à une communauté d'utilisateurs n'ayant pas individuellement les capacités suffisantes (groupement sectoriel de PME, secteur non marchand, écoles, administration, etc.) de développer, de composer et de faire évoluer des logiciels de grande qualité.

Il n'est donc pas étonnant que l'Europe, en parfaite cohérence avec les objectifs de Lisbonne, ait décidé de soutenir ce secteur qui, en quelques années, a prouvé sa maturité et est à la base de la création de milliers de PME en UE. Les Wallons, en oubliant d'inscrire les TIC au plan Marshall, ont manqué une belle occasion.

(1) Un logiciel est considéré comme libre si la licence déterminant son usage "donne à chacun le droit d'utiliser, d'étudier, de modifier, de dupliquer, de donner et même de vendre ce logiciel". Ceci est généralement opposé au logiciel propriétaire dont le droit d'usage est régi par un contrat-licence assorti de conditions limitatives. En réalité, l'éventail des licences dites libres est beaucoup plus large et varie entre ces deux extrêmes.

(2) Etude de la United-Nation University, Merit, Maastricht, 2007, http://www.flossimpact.eu

Source

http://www.zeapartners.org/press/fr/innovation-sans-copyright