Les logiciels Open source, un secteur réservé aux techniciens IT ? Pas forcément !
Depuis quelques années, les logiciels Open source connaissent un développement constant et doivent faire face à une demande toujours croissante. L’association professionnelle Zea Partners illustre à merveille cet engouement pour le monde du logiciel libre. ZEA Partners, issu d’un écosystème qui a généré plus de 500 PME en 5 ans, regroupe 24 PME innovantes dans 4 continents, spécialisées dans le développement et les services liés aux logiciels Open source Plone et Zope et ne compte pas s’arrêter là. (Source : Jodart V., Les logiciels Open source, un secteur réservé aux techniciens IT ? Pas forcément !, in La Libre BabIAGe, oct. 2006)
Entretien avec Xavier Heymans, CEO de Zea Partners.
Quelle est l’attitude de l’Union Européenne à l’égard du modèle économique Open Source ?
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 50 % des nouveaux emplois sont créés
dans le secteur des nouvelles technologies. 70% des développeurs Open
source sont basés en Europe. La majorité des réussites mondiales a
démarré en Europe. Le modèle économique de l’Open source a permis la
création de milliers de PME en Europe.
Ce modèle économique a la particularité de renforcer le leadership
européen dans un secteur d’avenir, tout en favorisant le développement
de PME offrant des services de proximité. L’Open Source est une forme
de commerce équitable qui permet les mêmes retombées économiques dans
les pays en voie de développement. Ses valeurs se basent sur la
collaboration et l’intérêt collectif.
Je pense que l’Europe souhaite soutenir le secteur. Une difficulté
rencontrée est le manque de visibilité des PME du secteur face aux
intérêts des multinationales. Ceci met en évidence l’importance du rôle
d’associations comme Zea Partners visant la promotion des PME offrant
des services professionnels basés sur des technologies Open source.
Quel est le principal défaut du modèle propriétaire et quelle réponse donne la technologie Open Source à cette problématique ?
Dans le modèle propriétaire, les entreprises cadenassent leur marché.
Les clients deviennent dépendants de leurs fournisseurs. Si le
fournisseur fait faillite ou s’il augmente ses prix, le client n’a
d’autre choix que de payer ou de faire face à un réinvestissement
important pour changer de technologie.
Le modèle économique de l’Open source a l’avantage d’éviter cette
dépendance. Le client a accès au code et peut à tout moment changer de
fournisseur.
Comment un étudiant intéressé pourrait-il lancer son projet dans ce contexte ? Quel(s) conseil(s) lui donneriez-vous ?
Le monde de l’Open source est un monde d’entrepreneurs ouvert aux
jeunes. Il leur offre l’avantage de pouvoir se familiariser
progressivement au modèle économique. Participer à une communauté Open
source permet d’accroître ses compétences, se faire connaître et
développer son réseau de contacts au niveau international. Compétences
et réseau sont des facteurs clefs pour réussir un projet
d’entreprenariat.
L’important est de s’impliquer, la collaboration étroite dans une
communauté Open source assure une formation rapide, pouvant être suivie
de jobs et de contrats. Il manque des personnes compétentes dans le
domaine. Des centaines de jeunes ont réussi, pourquoi pas vous ?
Dans ce cadre, quelles idées avez-vous pour faire naître cet esprit Open Source chez les jeunes ?
Cette année, en collaboration avec le Kot Linux, nous souhaitons
promouvoir les échanges entre étudiants, développeurs professionnels et
utilisateurs. Certaines activités seront très techniques, d’autres de
sensibilisation. L’objectif est de permettre aux étudiants de mieux
comprendre notre secteur d’activité et, s’ils le souhaitent, y prendre
une part active.
Dans un registre non technique, il me semble également nécessaire de
développer des échanges favorisant la compréhension du modèle
économique, des aspects de gestion et sociologiques des communautés
Open source. La réussite du modèle de l’Open source se base sur un
nouveau modèle d’organisation, encore trop peu compris. Ces aspects non
techniques sont également sources d’opportunités. Insistons sur le fait
que les programmes de recherche de l’UE sont fortement orientés vers la
compréhension des aspects non techniques.
La plupart des nouvelles PME se développe autour de personnalités
complémentaires : un technicien de haut niveau et un commercial ou
gestionnaire.
Que manque-t-il à la communauté Open source pour qu’elle puisse se développer pleinement ?
Comme c’est un monde où l’on trouve 99% de techniciens, leur langage et
leur vision sont bien évidemment techniques. Je dirais qu’il faudrait
intégrer d’autres compétences dans la réalisation de tels projets. Ce
qui ouvre la porte à des personnes qui comprennent le secteur précis de
l’entreprise afin d’utiliser au mieux les capacités de cette
technologie, des individus qui maîtrisent le modèle économique pour en
faire la promotion ou des juristes pour gérer les problèmes légaux liés
à la création des PME. On a tendance, lorsqu’on parle de l’Open source,
à évoquer seulement l’aspect technique alors que l’aspect business est
au moins aussi important. Une chose est de créer une technologie, une
autre est de prendre le marché.
Idéalement, pour qu’une PME soit viable il faut trouver un équilibre :
60% de techniciens, 40% de personnes s’occupant des autres domaines
(aspect commercial, juridique). Or, dans la communauté Open source, ce
mélange de compétence n’est actuellement pas assez présent ce qui
pénalise son développement sur le marché.
De plus, le modèle économique Open source est encore trop méconnu. Je
crois qu’à ce niveau, il y a un sérieux effort à faire en termes de
diffusion afin que l’Open source soit reconnu.
Un facteur qui freine l’adoption de logiciels Open source, c’est la
visibilité du modèle économique. C’est une des raisons qui a motivé la
création de Zea Partners.
Pourquoi les technologies Open Source s’oriente-t-elle entre autre vers le secteur public ?
Les communauté Open source ont des valeurs proches du secteur public :
collaboration et intérêt collectif. L’intérêt collectif est un facteur
de cohésion de la communauté Open source. Rappelons que la propriété
intellectuelle des projets Open source est intégralement mise dans le
domaine public. D’autre part, le secteur public doit depuis longtemps
faire place à des pratiques commerciales cadenassant les marchés. De
nombreux acteurs souhaitent mettre fin à cette dépendance
technologique, très coûteuse pour la collectivité.
La Belgique a choisi de favoriser les standards ouverts et les
logiciels Open source. La collaboration progressive entre secteur
public et communauté Open source est donc un win/win pour les
différents secteurs.
Citons comme exemple le projet CommunesPlone, un projet de collaboratif
Open source auquel participent déjà une douzaine de communes belges et françaises. Ce projet innovant a été lancé et est géré par
des communes.
Zea Partners regroupe aujourd’hui 24 PME. Quelle plus-value cela
procure-t-il aux membres de participer à ce réseau d’entreprises?
La mise en réseau renforce chaque PME membre par l’effet de masse et
offre une meilleure visibilité. Ce n’est pas le seul effet positif.
Faire partie d’une association implique un plus grand investissement et
une étroite collaboration de la part de chacun. La mise en commun des
ressources permet aux participants du réseau de travailler sur des
projets plus complexes où chacun peut développer ses compétences.
D’ailleurs, au-delà des flux de rémunérations, ce qui unit les
collaborateurs d’une communauté Open source, c’est une finalité
positive dans un projet collectif pour faire progresser la technologie.
L’association apporte l’expérience de toutes les autres PME travaillant
en concours dans le même réseau.
Dans un secteur qui demande encore beaucoup de développements, le fait
de collaborer et d’échanger l’expérience acquise avec les autres
membres du réseau permet de se former plus facilement et plus
rapidement.
Chez ZEA nous avons une vraie dynamique de groupe qui attire les
personnes les plus motivées, ayant le plus grand potentiel. Tout cela
nous permet de réaliser du concret pour la collectivité.
Zea Partners participe à la réalisation de plusieurs projets internationaux. Pouvez-vous nous en parler ?
En fait, nous nous sommes rendu compte que construire une association
comme la nôtre en reposant notre financement sur les PME qui la
composent ne nous permettait pas de rassembler les budgets nécessaires
pour obtenir l’impact voulu sur le marché. Dès lors s’investir dans des
projets d’envergure est une manière de promouvoir notre association au
niveau international tout en oeuvrant à la réalisation d’objectifs
intéressants. Par ailleurs, cela nous a procuré un plus grand impact en
termes de reconnaissance et de visibilité.
Ainsi, nous avons réalisé, pour les Nations Unies, le portail de
gestion de crise de l’UNJLC Nous avons aussi collaboré à la mise en
place du portail d’OXFAM International.
Tout cela a permis de financer des modules que l’on trouve dans la
technologie Open source, dans Plone, et qui sont réutilisés en Belgique
par des utilisateurs tels que le Musée Royal de l’Afrique Centrale, le
Parlement Francophone Bruxellois, la Vlaamse Gemeenschap….
Zea Partners participe également à des projets de recherche européens
sur l’Open source tels que Calibre, Qualoss et Flossmetrics. Les 2
derniers qui viennent de démarrer ont trait à la qualité software.
Propos de Xavier Heymans recueillis par Vincent Jodard